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Le Karate Shotokan

A Okinawa, le combat à main nue connut un grand développement pendant les périodes d’oppressions
où le port d’armes était interdit à la population locale.

Au XVe siècle, l’île subit la domination chinoise. Cette dernière interdit toutes les armes afin
d’éviter toute révolte. C’est alors que les habitants travaillèrent et développèrent d’anciennes techniques
de combat à main nue en les enrichissant d’éléments empruntés aux “Arts du poing” chinois.

Au début du XVIIe siècle, Okinawa fut conquise par un seigneur féodal japonais du nom de Shimazu, qui maintint
également l’interdiction des armes.

Pour être capable de ce défendre contre cet occupant armé, les habitants d’
Okinawa travaillèrent intensément le combat à main nue. Cet entraînement se fit clandestinement, en petits groupes,
ce qui contribua à différencier les styles à l’intérieur même de l’île : shuri-té, naha-té, tomorino-té selon leur
région d’origine.

On désignait par Okinawa-té ou To-dé l’ensemble de ces techniques de combat. Les différences entre les styles
régionaux sont dues d’une part, à la transmission des techniques à différentes époques et de différentes régions
de Chine, et d’autre part, à des particularités locales.

Au cours du XIXe siècle, se produisit l’assimilation d’Okinawa à la culture japonaise, et la signification
des techniques de combat à main nue se modifia.

Dans les années 1900, la valeur éducative de l’Okinawa-té fut reconnue et la décision fut prise de l’enseigner dans
les écoles.

Anko Itosu et Kanryo Higaona furent chargés de diriger cet enseignement et accomplirent une formalisation de l’
Okinawa-té. C’est dans cette atmosphère que furent formés les adeptes qui allaient transmettre leur Art en dehors d’
Okinawa.

Les premières démonstrations de Gichin Funakoshi au Japon (1916 à Kyoto, 1922 à Tokyo) connurent un grand succès et
suscitèrent la curiosité de ceux qui pratiquaient les arts martiaux japonais traditionnels, avec qui il entra en relation.
Le succès de l’Okinawa-té reçut une consécration officielle quand Gichin Funakoshi fut chargé d’enseigner cette discipline
dans plusieurs universités.

Quelques années après Gichin Funakoshi ainsi que plusieurs autres maîtres de karaté (nommé alors Okinawa-té ou To-dé,
tels que Kenwa Mabuni et Chojun Miyagi, développèrent des styles différents dans les régions où ils s’installèrent. Tous
étaient à l’époque considérés comme des maîtres de haut niveau.

Le nom de Gichin Funakoshi sert à dater les débuts du Karaté au Japon et c’est également lui qui a introduit le terme Karaté.

L’art du combat à main nue existait au Japon sous le nom de Jujutsu, et était l’une des dix-huit disciplines que devaient
pratiquer les guerriers de l’époque classique.

A l’avènement de l’époque moderne, en 1868, le port des armes fut interdit et la pratique des arts martiaux déclina.
Cependant, le jujutsu transformé en un sport, le judo, connut un développement de grande envergure. Gichin Funakoshi fut
très attiré par la culture traditionnelle japonaise qu’il étudia intensément, approfondissant la signification du Budo, et
notamment au cours de ces relations avec Jigoro Kano, fondateur du Judo et Hakudo Nakayama, maître de sabre.

C’est en ce sens que la formation du mot karaté est intéressante, car elle reflète l’effort de Gichin Funakoshi pour aboutir
à la fusion avec le Budo.

C’est d’abord un simple changement d’appellation : to-dé devient kara-té (en gardant le sens de “main de Chine”, puis il
ajoute jutsu (technique): karaté-jutsu. Mais, puisque té (main) signifie aussi technique en japonais, il a supprimé cet
ajout et a changé le sens du mot kara : kara té = main vide. Plus tard enfin, il a ajouté la notion de do (voie ou chemin) :
karaté-do.

Cet dernière étape marque sa volonté d’assimiler son art de combat au Budo en transformant qualitativement la pratique.
Et ce terme a finalement été accepté par les autres maîtres de cette époque.